Je préfère la ruelle à la rue. Même si elle tend à dissimuler derrière clôtures, hangars et garages, la ruelle révèle un vrai visage de l'habitation plutôt qu'une façade. Elle est plus informelle et personnelle. Elle atteste plus qu'elle n'affirme.

On y tolère le passage du temps, les végétaux envahissants, les altérations bancales. On y cultive souvent l'oubli ou la négligence, quitte à raser les structures sans cérémonial quand elles ne tiennent plus, pour faire place à des affaires bien droites et sans histoire. Mais autrement les vocations des espaces et des structures évoluent tranquillement, au fil du temps et des propriétaires. Ici, un garage n'a pas vu une voiture depuis des lustres. La ruelle est d'abord utilitaire mais il arrive qu'on la transforme pour la rendre ludique ou conviviale. Là, le bandeau de béton est devenu un espace d'interaction entre voisins.

Ceci est une exploration visuelle des ruelles de mon quartier. La plupart du temps, j'examine frontalement une structure qui dissimule un espace, à la recherche de ce qu'elle révèle malgré tout. J'inclus aussi une partie de son environnement, ce qui permet de la mettre en relation avec le reste de la propriété.

À propos des auteurs

De plus en plus, je m'intéresse aux lieux plus qu'aux paysages. Au-delà de l'attrait esthétique, ce sont les usages évidents ou cachés des lieux, leurs histoires passées ou futures, qui susciteront mon intérêt. Cette étincelle m'est indispensable et explique probablement pourquoi je pratique relativement peu la photographie au quotidien. L'étincelle ne peut s'allumer que lorsque je mets tout le reste de côté pour m'abandonner à la photo, en me laissant porter par le moment présent.

J'ai mille projets photographiques en tête, mais je ne les réalise jamais car une fois le repérage et la réflexion faits, une partie de la motivation est déjà consommée. Je préfère la démarche plus spontanée, où je passe en «mode photo» et me laisse inspirer par ce que je découvre. Ainsi, s'il émerge parfois des ensembles cohérents parmi mes images, ceux-ci s'avèrent le plus souvent accidentels! Je n'ai rien contre l'approche calculée, au contraire j'admire ceux qui la pratiquent, mais ça ne marche pas pour moi, peut-être parce que je dois déjà faire amplement preuve de discipline et de patience dans les sphères professionnelles de ma vie. J'exige de la photographie qu'elle me fasse rompre avec mon quotidien.