Sur la piste la Montagnarde, dans le parc national du Mont-Orford.

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Orford, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Isa et moi avions pensé faire une sortie à vélo les dimanche et lundi 1er et 2 septembre, histoire de profiter du long week-end de la fête du Travail. Toutefois, après quelques jours bien chargés, voilà que le samedi soir arrive avant même que nous ayons eu le temps de choisir une destination! Je sors quelques cartes de réseaux cyclables des régions autour de Montréal et nous choisissons les Cantons-de-l’Est. Un avantage : avec nos vélos pliants, nous pouvons facilement nous rendre en bus à Magog-Orford, puis rentrer à Montréal à vélo en empruntant la Route verte n°1, notamment ses tronçons la Montagnarde, la Campagnarde et la Montérégiade. Itinéraire réglé en cinq minutes!

Les prévisions météo sont très mauvaises pour le lundi, alors nous excluons le camping pour la nuit du dimanche au lundi. Comme c’est un long week-end, il semble plus sage de réserver à quelque part. Si l’itinéraire peut être trouvé en cinq minutes, trouver l’hébergement demande plus de temps… Surtout parce que lire les critiques de motels sur les sites de voyageurs, c’est hilarant au point de ne plus arriver à décrocher! Voici d’ailleurs quelques extraits qui nous ont bien diverti, tous à propos d’établissements plus ou moins douteux de la ville de Granby (avec correction des pires fautes, mais sans changer les mots ou les formulations!) :

« En entrant dans la chambre, nous avons senti une forte humidité. Mes enfants ont eu vraiment peur lorsqu’ils ont vu un énorme trou dans le mur non réparé, comme si quelqu’un avait cogné fort avec son poing. Le climatiseur avait été changé mais pour un format plus petit que l’ancien. Donc, pour boucher l’espace de trop, ils ont pris une feuille de plafond suspendu et ils ont fait un trou pour mettre le nouveau climatiseur et ils ont fait les ajustements avec du papier d’aluminium. De plus, il y avait du monde qui criait dehors et lorsque j’ai voulu appeler la réception, le téléphone ne fonctionnait pas. Le lit était défoncé et il penchait d’un bord. Au milieu de la nuit, ma fille a tombé du lit à cause de cette pente. »

« The furniture is old, and the window was left open for a hallow of flies to make themselves at home. My wife described it as stepping back into the 70s. But it does have free, password-less Internet. »

« L’odeur de la place me rappelait celle des salons de bronzage, un mélange de parfum cheap avec celle de la peau chauffée… »

« Disons que la seule note positive est l’accueil. À part cela, l’hôtel pue le vieux hôtel usé. Dans la chambre minuscule, ils avaient tellement mis de déodorisant que ça en faisait mal au yeux. Après que la senteur soit partie, une vieille odeur de cigarette émanait de la chambre. Les matelas étaient totalement inconfortables et les draps vieux et usés. Le vin compris dans leur forfait était inbuvable et j’en ai eu mal à la tête toute la journée. Le déjeuner était minime et principalement composé de vieux pain sec et de jus d’orange infect. »

« Après avoir pris possession de la carte pour ouvrir notre porte, nous nous dirigeons à notre chambre. Belle surprise en y entrant : il y a déjà des gens à l’intérieur… Une chance qu’ils n’étaient pas nus! »

« J’ai eu un coupon pour une chambre à 60$, pas cher, très propre, un lit double qui est petit pour 2, serviettes très rudes, pas très bien insonorisé, le déjeuner continental vraiment pas grand chose à manger à part des toasts,  jus, aucun fruit pas de fromage…. de la salle à manger on entendait les employés parler fort dans les couloirs, aucun Journal de Montréal du jour disponible selon la standardiste (mais elle en lisait un exemplaire dans les petites annonces, peut-être qu’elle cherchait une autre job), enfin on n’a pas traîné jusqu’à 12h car ça criait dans les couloirs et les tv étaient toutes allumées dans les chambre et les portes ouvertes. »

« Dans la chambre maintenant, le tapis semblait avoir servi à un gang bang plein de spots partout, bref on a gardé nos chaussures et dormi avec nos sous-vêtements, bien sûr. […] Au check-out, en descendant les escaliers il y avait un gros dégât de vômi très horrrrrible qui mettons nous a vraiment enlevé le goût de retourner à cet hôtel. »

Les établissements plus honorables étant déjà complets, nous oublions Granby et réservons plutôt une nuit à Farnham. Nous en serons quitte pour 25 km de plus au jour 1!

Jour 1 : Orford-Farnham

Nous nous levons de bonne heure pour nous rendre au terminus de Montréal, rue Berri, et sauter dans le premier autobus pour Magog-Orford. Nous savions qu’il s’agissait d’un gros bus avec soute à bagages, alors nous ne nous étions pas informés à l’avance de possibles conditions particulières au transport des vélos, puisque nous considérons que nos vélos, une fois pliés, ne sont pas plus volumineux qu’une grosse valise. À l’heure de l’embarquement, le chauffeur nous apprend que nous aurions dû payer un supplément pour les vélos. Du même souffle, avant même d’attendre notre réaction, il nous laisse tout de même charger les vélos en gromelant un peu, paraissant surtout intéressé à ne pas compliquer son embarquement… Vérification faite après coup : il y a un tarif de 5$ par vélo, et un tarif de 5$ par bagage excédentaire. Donc même en ne comptant pas nos vélos pliants comme des vélos, nos sacoches de vélo nous auraient fait dépasser la limite d’une valise et d’un bagage à main par personne. Somme toute, le tarif est tout de même raisonnable.

Après le trajet d’une durée de 1h30, nous arrivons à Magog-Orford, point de départ de notre randonnée! Autrefois, la gare routière était en plein cœur de Magog. Aujourd’hui, elle est carrément nulle part, tout près de l’autoroute, sur le site d’une station-service située à mi-chemin entre les agglomérations de Magog et d’Orford. Le choix me semble bien curieux… Les clients des transporteurs par autobus ne sont-ils pas en général des piétons? Qu’ils souhaitent se rendre à Orford ou à Magog, la plupart ne pourront pas faire le reste du trajet à pied!

Heureusement, nous, nous sommes à vélo! Après un arrêt-déjeuner un peu trop long sur l’agréable terrasse ensoleillée d’un resto d’Orford, il est déjà passé 11 heures quand nous rejoignons la piste cyclable la Montagnarde, qui traverse le parc national du Mont-Orford.

Sur la piste la Montagnarde, dans le parc national du Mont-Orford.

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Orford, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Sur la piste la Montagnarde, dans le parc national du Mont-Orford.

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Orford, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Le chemin en petites pierres concassées est ponctué de montées et de descentes, certes courtes mais nombreuses! La Montagnarde porte donc très bien son nom, et notre progression est très lente. Nous croisons plus de randonneurs pédestres que de cyclistes. Petite impression d’appartenir à une minorités de fous intéressés à rouler ici.

La Montagnarde.

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Vue sur le mont Orford.

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Casse-croûte à Stukely-Sud.

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Stukely-Sud, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Une dizaine de kilomètres à l’est du parc, la Montagnarde devient la Campagnarde. Le paysage change radicalement, nous sortons des profondes forêts du mont Orford et découvrons les vastes horizons de champs cultivés. Bientôt le terrain sera plat comme une crêpe, mais pour l’instant nous avons droit à une descente grisante jusqu’au village de Stukely-Sud. Nous nous arrêtons au dépanneur pour remplir nos bouteilles d’eau et découvrons, juste à côté, un casse-croûte tenu par une dame très gentille. Nous ne pouvons résister à ses burgers, qui s’avèrent délicieux!

C’est donc bien repus et lourdauds que nous gravissons ensuite la dernière vraie pente de la journée, qui se dresse en sortant de Stukely-Sud. Nous nous consolons en nous disant que ces burgers providentiels pourront nous soutenir jusqu’à Farnham. En effet, la Montagnarde nous a demandé beaucoup d’énergie et de temps, à un tel point qu’il faut maintenant accélérer la cadence pour espérer arriver à Farnham à une heure raisonnable. Plus question d’arrêter à Granby pour souper!

Pause à la plage municipale de Waterloo.

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Waterloo, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Des alpagas dont on vient visiblement de prélever la laine!

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Warden, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Près de Warden, un viaduc témoigne de l’époque où ce tronçon, comme l’essentiel de la piste cyclable la Campagnarde, était une voie ferroviaire.

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Warden, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Isa et une murale, sur la piste cyclable la Campagnarde.

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Warden, Cantons-de-l'Est, Québec, Canada
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Près du réservoir Choinière, dans le parc national de la Yamaska.

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Montérégie, Québec, Canada
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Montérégie, Québec, Canada
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Le jet d’eau du lac Boivin, à Granby.

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Granby, Montérégie, Québec, Canada
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Nous arrivons à Granby à une heure parfaite pour débarquer à l’hôtel… Cependant c’est bien à Farnham que nous attend notre chambre… Nous devons donc poursuivre notre route!

L’arrière de plusieurs maisons du centre de Granby donnent directement sur la rivière Yamaska.

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Granby, Montérégie, Québec, Canada
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Notre chambre pour la nuit.

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Farnham, Montérégie, Québec, Canada
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C’est à la noirceur que nous arrivons à Farnham, et quelle noirceur! Entre Granby et Farnham, la piste cyclable la Montérégiade est une longue ligne droite de 25 km qui passe en plein champs, loin des habitations, des routes, des lampadaires et des voitures. Puisque chacun de nos vélos est équipé d’un phare alimenté par une dynamo, nous profitons tout de même d’un excellent éclairage qui, cette fois heureusement, n’a pas flanché. Mais bien sûr à chaque arrêt, la dynamo n’est plus alimentée et c’est l’obscurité totale. Vaut mieux alors ne pas trop s’éloigner, car on pourrait ne pas retrouver son vélo! Le ciel semble s’être couvert, puisque nous n’apercevons ni étoiles, ni lune. Le chant de milliers de criquets nous accompagne. Il y a comme une magie dans l’air… Il me vient l’idée folle d’organiser des randonnées à vélo nocturnes!

Distance parcourue : 109 km

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Farnham, Montérégie, Québec, Canada
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Jour 2: Farnham-Montréal

Il semble avoir plu une bonne partie de la nuit, et il pleut encore lorsque nous nous levons. Alors nous prenons bien notre temps pour déjeuner. La perspective d’une randonnée sous la pluie n’est pas aussi invitante…

Lorsque nous sortons enfin, la pluie a cessé, mais la chaleur est étouffante, il n’y a aucun vent et le taux d’humidité oscille autour de 92%. Nous sommes à peine en selle que les vêtements collent déjà à la peau suintante!

Piste cyclable la Montérégiade, après la pluie.

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Farnham, Montérégie, Québec, Canada
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Cormorans sur un rocher de la rivière Richelieu.

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Saint-Jean-sur-Richelieu, Montérégie, Québec, Canada
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Le barrage Fryer, sur la rivière Richelieu.

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Saint-Jean-sur-Richelieu, Montérégie, Québec, Canada
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Exposition photographique en plein air, aux abords de la rivière Richelieu.

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Saint-Jean-sur-Richelieu, Montérégie, Québec, Canada
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La maison de l’éclusier, près de l’une des neuf écluses du lieu historique national du Canal-de-Chambly.

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Chambly, Montérégie, Québec, Canada
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Malgré de belles éclaircies pendant notre parcours le long de la rivière Richelieu et du canal de Chambly, l’atmosphère moite continue à régner. Le ciel lourd, nous le craignons, ne continuera plus à nous épargner très longtemps.

Le paysage se bétonne peu à peu, à mesure que l’on se rapproche de la métropole.

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Montérégie, Québec, Canada
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Dans l’étonnante spirale pour cyclistes du viaduc de la route 116.

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Longueuil, Montérégie, Québec, Canada
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Regard vers Montréal depuis le viaduc pour cyclistes surplombant la route 116.

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Longueuil, Montérégie, Québec, Canada
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Maintenant bien dégourdis après une première moitié de trajet très lente, nous prenons du rythme, dans l’espoir d’arriver à Montréal avant l’arrivée de ce qui se profile comme un orage. À Longueuil, nous sommes mêmes sortis de la Route verte pour prendre quelques petits raccourcis jusqu’à l’écluse de Saint-Lambert, sous le pont Victoria, puis nous avons rejoint la piste cyclable de la voie maritime du Saint-Laurent. Là, pendant que le soleil se couche, un extraordinaire ciel de fin du monde se dessine au-dessus de Montréal, d’énormes nuages noirs jetant des éclairs derrière les gratte-ciel. Nous accélérons la cadence et résistons à la tentation des arrêts-photo, dans l’espoir de ne pas avoir à franchir le fleuve sur les 2 km de l’estacade du pont Champlain pendant un orage!

Sur l’estacade, un vent de face commence à se manifester. Nous sommes au milieu du fleuve pendant que la foudre s’abat maintenant furieusement sur la ville. Les nuages noirs fondent sur nous et notre environnement se fait de plus en plus surréel… Nous dérangeons des centaines de mouettes « stationnées » sur le tablier de l’estacade, qui se mettent aussitôt à nous survoler de très près. L’éclairage dramatique crée l’effet d’une nuée de sombres silhouettes d’oiseaux et nous croyons soudainement faire partie d’un film de Hitchcock. Le vent augmente en force, comme pour s’assurer que nous ne puissions pas atteindre l’île des Sœurs avant la pluie. Il réussit à nous ralentir, de sorte qu’avec encore 300 mètres à faire pour atteindre l’île, les premières gouttes nous pincent la peau comme des grêlons, puis d’autres s’ajoutent en quantité suffisante pour nous donner finalement l’impression d’une douche un peu violente. Enfin, nous atteignons la rive et nous nous réfugions sous le pont Champlain. Les pompiers sortent de la caserne voisine pour une quelconque urgence, comme presqu’à tous les orages.

Nous nous ferons mouiller pour les 5 km qui restent jusqu’à la maison, mais on s’en tire tout de même à bon compte!

Distance parcourue : 82 km

Références

À propos des auteurs

De plus en plus, je m’intéresse aux lieux plus qu’aux paysages. Au-delà de l’attrait esthétique, ce sont les usages évidents ou cachés des lieux, leurs histoires passées ou futures, qui susciteront mon intérêt. Cette étincelle m’est indispensable et explique probablement pourquoi je pratique relativement peu la photographie au quotidien. L’étincelle ne peut s’allumer que lorsque je mets tout le reste de côté pour m’abandonner à la photo, en me laissant porter par le moment présent.

J’ai mille projets photographiques en tête, mais je ne les réalise jamais car une fois mon repérage fait ou l’image déjà visualisée dans mon esprit, la motivation pour y revenir et créer la «vraie» image est beaucoup moindre; la découverte et la réflexion ont déjà été faites. Ainsi, s’il émerge parfois des ensembles cohérents parmi mes images, ceux-ci s’avèrent le plus souvent accidentels! Je n’ai rien contre l’approche calculée, au contraire j’admire ceux qui la pratiquent, mais ça ne marche pas pour moi, peut-être parce que je dois déjà faire amplement preuve de discipline et de patience dans les sphères professionnelles de ma vie. J’exige de la photographie qu’elle me fasse rompre avec mon quotidien.